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Quand on pense que c'est peut-être pareil chez l'antiquaire ou le marchand d'aspirateurs, ça fait froid dans le dos ! Quand, dans l'introduction de mon site, je m'élève à demi-mot contre ceux qui ne voudraient voire dans un fossile qu'un sujet d'étude scientifique en écrivant qu'on n'est pas obligé d'être botaniste pour avoir le droit de cueillir des fleurs, j'omets de préciser que, pour les vendre, il faut quand même être fleuriste. Ammonite évolute et ammonite involuteCette fois, la scène se passe au Maroc. Un vendeur de fossiles (encore !) proposait une ammonite tranchée longitudinalement, ce qui se voit (trop) souvent. Sans doute leurré par les enroulements dextres et sénestres des gastéropodes, il avait nommé l'une des moitiés "ammonite involute" et l'autre moitié "ammonite évolute". Quoi de plus naturel ? Rappelons quand-même que, en dehors de certains hétéromorphes Turrilitaceae, et contrairement aux gastéropodes à enroulement, les ammonites sont en grande majorité "planispiralées" et, par la même occasion, symétriques. Il suffirait donc de regarder la face opposée pour transformer une ammonite évolute en ammonite involute et réciproquement !
Les ammonites sont généralement symétriques En réalité, si les épithètes "évolute" et "involute" s'adressent bien à l'enroulement des ammonites, ils caractérisent le degré de recouvrement des tours de la spire par les suivants. Une ammonite involute à tendance à se recroqueviller sur elle même, ne laissant apparaître qu'un faible ombilic (le milieu de l'ammonite), alors qu'une ammonite évolute s'ouvre plus largement au monde. Par exemple que Hildoceras bifrons est plus évolute que Hildoceras semipolitum, mais moins que Hildoceras apertum.
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Plaçons nous dans l'hypothèse très probable où l'objectif est de déterminer notre ammonite et non pas de l'utiliser, comme le ferait un stratigraphe, pour dater le terrain où on l'a trouvée. La démarche d'un stratigraphe serait en effet l'inverse de la nôtre. Les stratigraphes se doivent de connaître parfaitement les différents genres d'ammonites, les caractères évolutifs qui les situent à un niveau donné et les associations d'individus, voire de faunes qui permettent d'affiner la démarche. Ce n'est pas notre cas. |
Les étages de l'ère secondaire sont divisés en zones, elles-mêmes divisées en sous-zones, elles-mêmes divisées localement en horizons. Ces subdivisions sont chacune identifiées par le nom d'une ammonite caractéristique, à l'apogée de sa densité. Dans le Toarcien inférieur, on parle par exemple d'horizon à Harpoceras falciferum dans le centre-ouest de la France. Une échelle universelle serait basée sur des faunes cosmopolites, mais ce n'est pas toujours possible. Notons donc bien que la paléogéographie intervient ici aussi. |
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Donc, une carte, un guide géologique ou, si vous avez pu la dénicher, une publication scientifique dédiée à une région vous indiquera l'étage géologique de votre trouvaille. Avec de la chance, pour peu que votre gisement soit décrit, vous obtiendrez peut-être la zone, la sous-zone, voire l'horizon d'où provient votre ammonite. |
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Cette information vous permettra de cibler votre recherche. Il est inutile de chercher une ammonite du Sinémurien dans la description d'une faune du Campanien. En plus, vous risquez de trouver une ressemblance (voir plus loin) et ferez une monumentale erreur de détermination. Evidemment, plus le niveau sera identifié avec précision, plus la détermination de l'ammonite sera aisée. La connaissance de l'horizon limite considérablement le nombre d'espèces candidates. |
Une autre façon de déterminer le niveau stratigraphique de la découverte est d'utiliser les ammonites de zone... une fois que l'on sait bien les reconnaître : si vous avez trouvé une - et plus si possible - ammonite de zone dans le même banc qu'une ammonite que vous cherchez à déterminer, c'est un grand pas. Vous êtes presque stratigraphe ! Cette méthode m'a plusieurs fois bien rendu service, par exemple pour cerner ce Lytoceras.
Là, j'avoue que l'on entre dans un domaine un peu pointu. Il faut regarder la situation contemporaine : on ne trouve pas les mêmes coquillages sur nos côtes que sur celles d'Hawaï. De même, les faunes d'ammonites ont été beaucoup contrôlées par la latitude et par la présence ou l'absence de canaux de communication entre différents bassins, par lesquels les ammonites juvéniles supposées planctoniques pouvaient être entraînées par les courants ou qui auraient permis aux ammonites pélagiques (vivant entre deux eaux) de circuler.
Les périodes où le niveau de la mer était bas ont favorisé le développement d'espèces endémiques et c'est bien sûr dans ces conditions qu'il faut être le plus attentif lors de la détermination. Mais, même lors des épisodes de niveau élevé, et bien que le climat fût plus chaud qu'actuellement, il y a presque toujours eu des faunes d'eau froide, dites "boréales", plus ou moins différenciées des faunes dites "téthysiennes". Ces ammonites étaient susceptibles de se mélanger à la limite entre les deux domaines. Pour évoquer ces spécificités fauniques, on parle habituellement de "provincialisme" des ammonites.
Par exemple, il est fort improbable de trouver des Hoplitaceae - majoritairement cantonnés en Europe et en Amérique du nord - à Madagascar et les nombreuses références à cette super-famille (Sonneratia, Pseudosonneratia) y résultent de confusions avec certains Desmocerataceae (nuclei de Cleoniceras notamment).
Enfin, il est bon de garder à l'esprit que la disposition des continents évolue en permanence. Au Jurassique, l'Inde et Madagascar éaient en contact. Il n'est donc pas très étonnant que les faunes d'ammonites de cet âge y soient les mêmes.
Une fois tout cela intégré, il ne vous
reste "plus" qu'à comparer votre ammonite aux planches
et aux descriptions de la littérature sélectionnée. La
documentation est malheureusement assez difficile à
trouver. Les publications se trouvent dans les
bibliothèques universitaires, on peut en trouver
aussi à la vente sur Internet dans certains sites
spécialisés à des prix raisonnables. Le
problème est qu'elles sont assez
éparpillées et que les synthèses sont
rares (précision et synthèse sont-elles
d'ailleurs compatibles ?). Il faut si possible s'orienter
vers les études liées à une
région et qui restent en général
valables dans l'ensemble de la province
paléogéographique considérée
(exemple
de bibliographie utilisable).
Vous vous trouverez alors confronté à un vocabulaire assez ésotérique, mais avec lequel on finit par se familiariser : ombilic, péristome, carène, phragmocône, loge, lobe, costulation, apophyse, oxycône, serpenticône, cadicône, virgatoïde, falciforme, fasciculée, tricarénée, bisulquée, etc. (j'ajouterai peut-être toutes ces définitions à mon site Web ultérieurement).
En principe, si votre documentation est bonne, vous pourrez déterminer au moins le genre de votre ammonite. Vous pourrez aussi déterminer l'espèce si elle est réellement décrite dans le bouquin, mais ayez l'oeil, reliser plusieurs fois les descriptions de toutes les espèces, prenez des mesures, comparez avec les statistiques si elles sont proposées, regardez bien les photos... Mais attention : l'identification par comparaison photographique seule est hasardeuse. Deux exemples :
Heureusement, d'un point de vue morphologique, chaque espèce biologique présente toujours certains critères bien bornés d'un individu à l'autre qui fournissent des clés de détermination. Normalement, quand on est de la même espèce, on se ressemble quand même un peu ! Mais, chaque critère peut être une combinaison complexe de caractères, ce qui nous amène souvent à devoir calculer des ratios entre différentes grandeurs telles que le diamètre maximal, le diamètre de l'ombilic, la hauteur, l'épaisseur et d'autres mesures spécifiques au type d'ornementation ou d'enroulement. A côté des clés de détermination, il existe des paramètres non discriminants qui peuvent énormément varier au sein d'une même espèce. Pour l'une, ce sera l'épaisseur : il y aura des "gros" et des "maigres". Pour l'autre, ce sera la densité ou la vigueur de la costulation... Dans une population monospécifique, ces paramètres de liberté sont mis en évidence par le fait qu'il existe toutes les formes intermédiaires entre les extrêmes.
Comparez les ratios avec ceux des individus de l'espèce de référence. Regardez bien l'ornementation et identifiez les différents stades qui apparaissent au cours de la croissance (ou ontogénèse) : par exemple des tubercules d'abord proches de l'ombilic, puis qui migrent vers le milieu du flanc, puis qui disparaissent au stade adulte... Tous ces signes sont importants car ils caractérisent l'enchaînement chronologique des espèces (évolution) au sein d'une famille donnée et permettront de faire le lien avec le niveau stratigraphique préalablement identifié : à un certain stade de la croissance de ses individus, une espèce peut développer de nouveaux caractères qui n'existaient pas chez son ancêtre ou au contraire en perdre. Elle peut développer tous les caractères de son ancêtre tout en étant beaucoup plus petite à l'âge adulte. Elle peut ne conserver que les caractères juvéniles de son ancêtre tout en gardant la même taille adulte. Cet inventaire n'est pas exhaustif.
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Certains
groupes ont ainsi été étudiés et
toute leur lignée évolutive est
décrite. C'est une aide fantastique pour la
détermination. Par exemple, en se cantonnant au
caractère "taille", il est déjà
possible d'orienter une détermination : |
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Cette dernière caractéristique est exacerbée chez Kheraiceras bullatus... |
...et tout à fait perceptible même chez des formes serpenticônes telles que ce Grammoceras penestriatulum). | ||
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Sachant tout cela, pourrez-vous encore être catégoriques quant à la détermination d'une ammonite incomplète ? C'est une des nombreuses raisons pour lesquelles, comme moi et comme beaucoup, vous vous tromperez encore régulièrement. Rassurez-vous (?), même les paléontologues se trompent : savez vous que le Lytoceras jurense figuré dans l'excellente révision de la Paléontologie Française d'Alcide d'Orbigny est en réalité un Perilytoceras denckmanni ! L'erreur est normale pour le genre : il a été créé ultérieurement, mais pour l'espèce, l'erreur est réelle. C'est loin d'être le seul exemple.
Adhérez à un club, venez aux bourses avec vos trouvailles, montrez les à des étudiants en paléontologie, publiez vos ammonites sur le Web... Des tas de gens essayeront avec plus ou moins de bonne volonté de vous aider. Le tout est de ne pas tomber sur un marchand d'Amalthées du bajocien de Montreuil-Bellay !!
Si l'on vous propose un échange, c'est que vous avez trouvé une pièce intéressante !
J'en profite pour m'adresser à ceux, nombreux, qui m'envoient les photos de leurs trouvailles pour détermination. Encore que, si vous en faites partie et avez déjà lu cet article jusqu'ici, vous ne serez sûrement pas étonné par ceci : s'il vous plaît, ne vous contentez pas d'une simple photo, parfois complètement floue :-)), et indiquez moi le plus de renseignements possibles. Acceptez aussi que je ne sois pas un sorcier et que je ne réussisse pas. Il m'arrive parfois de passer plus d'une journée à essayer en vain de déterminer certaines de mes propres ammonites, alors que je les ai entre les mains et que je dispose de toutes les informations nécessaires... C'est surtout parce que je ne me satisfais pas d'un rapide "Perisphinctes sp." pour une bête du Tithonien. Il y en a que cela ne gêne pas.
C'est difficile à accepter, mais avoir une ammonite indéterminée peut ne pas être un drame. Tout est relatif. Ce qui l'est, c'est de ne pas savoir d'où elle vient, car c'est sans remède.
Avec quelques années de collection derrière soi, on arrive à cerner une ammonite au premier coup d'oeil : pas souvent l'espèce, pas toujours le genre, mais souvent la famille. On a aussi une idée de l'étage. On a parfois même une idée de la provenance si on ne la connaît pas (voire ma première anecdote).
Mais il faut éviter l'excès de confiance, et, même avec une idée derrière la tête, aller se plonger dans les bouquins.
Si vous ête novice en paléontologie, tout cela est peut-être encore ardu. Si vous êtes amateur, j'espère que cette page va vous aider. Si vous êtes fin connaisseur, j'espère que vous vous me signalerez si j'ai dit des bêtises. Si vous êtes marchand d'Amalthées du bajocien de Montreuil-Bellay, j'espère que vous ferez preuve de plus d'humilité.