Ici naissent les neiges laissées par l'harmonie des vents et des cristaux. Le Poisson n'ose plus les broyer de sa main. Ici les sons s'écrivent où l'on touche aux soleils.

Aucune vie n'expire, aucune vie ne soupire et pourtant son souffle ondule avec la lumière. Blottie sous chaque pli de l'eau que l'on sait sourdre à la cascade d'âmes, tapie sous un fin suaire envahi de levures et complaisante à l'asthme des étamines, elle noue, dénoue sans cesse les trames amnésiques.

La vie sans corps, dénudée à l'extrême, belle et fragile, la vie dormante que les murmures ébranlent, que berce l'hypnose jaillie de l'oeil des Capricornes, la vie s'amoncelle en ces lieux.

Jusqu'aux cimes avides de vent cosmique, le chemin n'est plus long. Il y siège la fée régnant sur l'empire des voluptés de glace. Et mes ailes en émergent...

Echappées il y a trois siècles de méandres déclinés à l'infini dans l'imagination des ménestrels et des philosophes alambiqués, chercheurs de l'homme égarant leur propre élégance, elles ont vécu longtemps sans s'accrocher aux cieux. Lucide Cuspide, l'image des symphonies me traverse, j'ai foulé le chemin siamois de ces poètes du réel, mais l'irréductible présent me tend à nouveau ses oniriques plumées.

Ces ailes promises il y a tant d'années et qu'enfin je vois paraître au centre d'un lac gigantesque. Lac où je me jetterai béatement. Alors, avant que je vole, des nageoires entées en mes membres aideront ma victoire à traverser ces eaux qui chantent les musiques sans âge.

Ô fée, belle discrète à la voix de flûte, musicienne humant les torrents, plus frêle et plus timidement solide que les arcades impériales, magicienne gracieuse, sensible à l'intelligence espiègle et aux oiseaux de mes yeux. Ô fée, est-ce toi que j'ai aimée à l'orée du désert ?

Serais-tu la licorne ?

Sihal, 10 août 1992