Au temps des mi-riens mi-défaits, je tenais
bien mon cap, densément.
Je le tenais encore
quand se leva le vent
porteur du néant fracassé sur mon fort.
Le vent que j'attendais.

Incroyablement il te disperse ici,
au bord de mes humeurs,
mes fleurs anniversaires,
mes pleurs dévastateurs
et l'île du ciel où je mourus naguère.
Nous montons au parvis.

C'est assez haut, il y a de la lumière,
peut-être aussi des gens,
et cet ascenseur claque.
Je n'ai qu'un sac de dents
décousues et tes doigts appliqués détraquent
un grumeau réfractaire.

Des gens alors...? Je n'en sais rien en fait, mais
celui qui traîne un sac-
poubelle avec talent
a plutôt l'air opaque,
bien inscrit dans le monde finalement.
À l'instant tu riais.

C'est bien, mais c'est tout. C'est peu, mais c'est ainsi.
D'un gobelet je fais
une corolle sage
que je n'effeuillerai
jamais. C'est risqué, la-folie se propage...
et pas-du-tout aussi.

On a déjà parlé des virus qui passent
et qui font des rougeurs
ou un peu mal au ventre
et surtout mal au coeur.
Ce fichu diamètre encore s'est mis entre
nous comme une cuirasse

(salvatrice. Enfin..., crois-tu. Tu es jolie,
heureusement. Dommage
aussi sous certains angles,
qu'on fermera de rage.
Je saisis presque ce qui grouille et t'étrangle,
cet impossible oubli.

La roue. Fantastique manège imbécile.
La roue anéantit
la trépidante fête.
Mais tout se ralentit.
Et puis la nuit sait qu'une roue ça s'arrête
et se terre en exil.)

Mais les choses stagnent. Le vent est tombé.
Et pourtant moi je t'aime
sans en avoir le droit.
C'est con. Et toi tu m'aimes
bien. Tu me l'as dit un peu. Et je ne vois
plus quand j'ai succombé.

C'est par l'ouest et l'obscure clarté que je
devais partir. Alors,
je pars sans t'emmener.
Je change le décor
de ce sommeil perdu, de mes nuits damnées,
pour que cesse ce jeu.

Je ne suis plus adulte. Je veux rester.
C'est trop tard me dit-on,
mais je brise ces règles,
souhaite mon coeur d'aiglon
plus que le vain charisme qui bâtit l'aigle.
Je pars me détester.

Sihal, 30 octobre 2005