Cuspide approchait de la lisière du désert. En cet endroit, de fragiles fumerolles d'amour caressaient les flancs de la montagne naissante.

Les couleurs qu'il voyait n'existaient pas ailleurs. Les ombres et les corps se confondaient et il ne savait plus si la lumière venait à ses yeux ou si ses yeux projetaient l'image des cimes d'améthyste sur la roche aride du désert.

Une note sourde vint murmurer près de sa main ouverte. Elle trembla. L'étoile de sa tête trembla aussi. Ses paupières tremblèrent aussi.

Des centaines de tambours jouèrent alors une note sourde, immense, gardienne des cols et des fontaines. L'étoile envahit son regard explosé et il sombra dans le sommeil des frontières, ultime pression des anges de Sihal pour le garder.

"Les tambours, ô Eclia, princesse du savoir, d'où venaient-ils ? Me répondras-tu, fée des ruisseaux d'argent ? Me répondras-tu enfin ?"

"N'approche pas de moi, ô reine des Murènes ! Laisse mes souffrances en toi et n'approche pas !"

Éclia ne répondit pas. La reine des Murènes n'approcha pas.

Celle qui approcha fut la femme la plus douce, aux lèvres de miel, aux seins fruités et aux jambes de soie. Elle s'offrit à lui comme si son âme était la sienne, comme si leurs ombres superposées n'étaient que l'ombre d'un seul corps.

Il lui donna l'amour des amours. Il lui donna la joie des rêves.

Il la connaît.

Lisière du désert, 11 décembre 1991

(Publié dans Le damier, dans Chemins de traverses - numéro 4 - juin 1999 et dans Vivre en Poésie - numéro 25)