"Si je t'ennuie,
Tu n'as même pas besoin de déchirer la lettre ;
Elle est déjà en petits morceaux."


Des dentelles de cigarettes
Volent au dessus de ma tête ;
Des petits mots de poésie
De Marie-No et de l'Asie.


Et mon brouillon me dit : "Je t'aime !"
Sans un son, sans sa voix suprême,
Sans prunelles chocolatines
Pleurant devant les pluies de Chine.


Et de mourir au coeur des flux d'amour
S'éloigne la sensation fourbue.
Les mers s'entourent
De verticaux talus.
Et si profonds sont leurs abysses
Que mes larmes pour elle y glissent.


Pour elle l'onde savoure une flaque
Que j'ai rêvée loin de mes nuits d'ici.
Les volets claquent
S'ouvrant à l'infini
De ses images, sises là, si près,
Qu'une présence flotte sans regret.


Ô muraille planétaire,
Kilomètres perdus de roche et de misère,
Vois-tu autour du globe éteint
Poindre l'ombre que fait ma main ?


Je cherche un port horripilé
De tours mégalomanes aux gestes figés.
Elle y vit. À gauche, à droite ?
Qu'importe où l'eau miroite,
Elle y vit
Et je l'aime.

"Les Manipulations", 18 juin 1992