Le 15 avril 1992, le bulletin municipal d'une commune limitrophe publiait fièrement un texte d'une poète bardée de prix. Je reproduis ce texte ci-après, puis j'y réponds en reprenant le même titre. Je ne cite pas l'auteur du premier texte - poésie de supermarché -, elle serait capable de m'attaquer pour diffamation.

Printemps

Plus rose que fuchsia le prunus est en fleurs
Au matin tremblotant il semble polisson
Messager d'un printemps que précèdent les pleurs
Du tiède moi de mars qui entre à reculons.
 
Plus tendre qu'amoureuse, fillette, elle s'apprête
Au garçon rougissant à donner le frisson
Voici l'heure venue de la prime conquête
Et le temps s'exaspère de n'être que bourgeon. (NB : un alexandrin de 13 pieds ?)
 
Plus belle que jolie elle rêve de passion, (NB : encore 13 pieds)
Escalade la vie sans craindre les ornières,
Chrysalide d'hier devenue papillon,
Avide à se brûler trop vite à la lumière.
 
Plus rose que fuchsia le prunus est en fleurs
Au matin fulgurant accorde sa moisson
De senteurs enfiévrées à s'éclater le coeur
Déjà le mois d'avril entame sa chanson.
 
Et la fille amoureuse conjugue à l'unisson
Les temps de son été, la première cueillette,
Ô bouche que veux-tu dans les derniers rayons
D'un jour agonisant qui lui conte fleurette.


(Que faire de treize pieds de fuchsia)

Ah !.. La belle saison !
Les voilà, ils arrivent
Chantant, niais et brouillons,
Les prés verts et la grive.
 
Pour la page d'accueil
Du torchon communal
Ils versifient la feuille,
La tige et le pétale.
 
Banalités, vacarme
Autour de mièvreries !
Flore ou viande de Parme
Demain seront pourries.
 
Ainsi leur grand cerveau
Que l'on croit de poète
N'est que sac de terreau
Et bulbes qui végètent.
 
La fleur, Arthur Arthur,
T'a je crois bien fait rire ?
La mer prend les peintures ;
La fleur... la fleur est pire.
 
Dessinateurs de plages
Et gratteurs de papier
Plaisent aux bons ménages
Et aux vieilles poupées.

Et les gens, vifs ou bêtes,
Ont de simples idées.
Je dis "Je suis poète" :
On cherche mes bouquets.
 
Pour vous je n'ai, madame,
Pour hausser vos tétines
Fanées en hologrammes
Qu'une flaque d'épines.
 
Et pour toi fille austère,
Grimoire d'araignée,
Je creuse et creuse en terre
Des immenses saignées.
 
Ensemence les germes,
Sucrantes chrysalides
De belles angiospermes :
Elles naîtront livides.
 
Et puis... j'aime pourtant,
Aux belles signées d'eau,
Glisser des ornements
Prompts à faner leurs maux
 
Qui, ouvrage achevé,
S'effacent humblement
Dans un lit coloré
Pour des yeux en diamant.

Hervé Châtelier - 6 mai 1992