Des festins liquoreux, sertis sur le granite,
S'accouplent à Éole et caressent les eaux,
D'où naissent les reflets des lumières bénites
Et des nacres d'ormeaux.
 
Ils ont, comme souvent, donné des noms bibliques
Aux percées que la mer a tranchées dans les roches.
Je les ai voulus fous, arrogants, mais j'abdique,
Car Saint-Malo s'approche.
 
Ici point de marins, on les a trop chantés.
Il sont hommes, c'est tout, et n'ont pas la noblesse
Des virages célestes d'oiseaux argentés
Au dessus de leurs messes.
 
Nulle fée de légendes en robe légère
N'a jamais su glisser à la surface claire,
Comme ces sons narquois qui pénètrent les airs
Et sur les vagues errent.
 
Et lorsque j'entrevois le vert de la statue
De ce pauvre Surcouf, tout blanchi d'excréments,
Je me rappelle un soir, où d'encre dévêtu,
Je crus au firmament.

Hervé Châtelier - 29 septembre 1991

(Publié dans Le damier)